Pourquoi chercher à se réinventer au travail quand on est déjà à son compte et reconnu.e dans son métier?

Dans ce tout premier article d’un cahier spécial entrepreneur.e. nous allons regarder à travers les yeux d’une Directrice Artistique et réalisatrice, ce qui peut pousser un ou une professionnel.le autonome à se réinventer au travail.

Ainsi vous pourrez découvrir, et peut-être même vous reconnaître, à travers différents portraits de personnalités. Ceux et celles qui ont décidé d’aborder le marché de l’emploi de façon indépendante et souvent innovante.

Au Canada, on appelle ces personnes: les travailleurs et travailleuses autonomes. En France on parle plutôt de micro-entrepreneur.e.s ou d’auto-entrepeneur.e.s.

La première personnalité avec qui nous aborderons le sujet est Jacqueline Zegray, Présidente et Créative de Muy Bien, depuis plus de 15 ans. Elle a bien voulu nous raconter son histoire: comment elle est passée de salariée à auto-entrepreneure. Et par la suite, comment elle s’est réinventée au fil du temps et encore tout dernièrement.

Nous observerons, au-delà de l’autonomie, ce qui amène une personne à choisir de ne plus travailler comme employée et de se mettre à son compte. Nous verrons aussi comment nos personnalités et les opportunités qui se présentent à nous, peuvent influencer nos choix.

En parallèle, nous explorerons des données provenant de recherches sur le sujet. Ainsi, nous tenterons de voir plus largement cette tendance de l’auto-entreprenariat dans le marché du travail.

Quelles sont les raisons qui poussent une personne à se réinventer au travail et devenir entrepreneur.e?

Voici quelques données statistiques:

Au Canada, les principales raisons du travail autonome ont été répertoriées comme suit :

  1. Indépendance, liberté au travail, être son propre patron-ne (33,5%)
  2. Nature de l’emploi – obligé d’être travailleur autonome (15,2%)
  3. Équilibre travail-famille (8,6%)
  4. Horaire souple (8,4%)
  5. Défi, créativité, succès, satisfaction (6,6%)
  6. Ne pouvait pas trouver d’emploi rémunéré convenable (5%)
  7. S’est joint.e à l’entreprise familiale ou a repris l’entreprise familiale (4,8%)
  8. Contrôle, responsabilité, prise de décisions (3,4%)
  9. Plus d’argent, aucune limite de revenu (3,2%).

Quelle proportion représente le travail autonome dans le marché?

Le nombre de personnes en situation de travail autonome au Canada s’élève à 2.9 millions représentant ainsi 15 % de l’emploi total. En France, fin juin 2019, le nombre d’auto-entrepreneurs inscrits s’établissait à 1.565 millions, en hausse de 16,5 % par rapport à l’année précédente.

Regardons de plus près une recherche menée par Statistique Canada «Les Canadien.e.s qui travaillent à leur propre compte: Qui sont-ils et pourquoi le font-ils?» nous informe sur le sujet. On y voit qu’un tiers d’entre-eux et elles indiquent l’indépendance, la liberté et le désir d’être leur propre patron-patronne comme raisons principales pour lesquelles ils ou elles sont en situation de travail autonome.

C’est aussi le cas de Jacqueline! Bien qu’au départ, ce qui l’a vraiment poussée à se réinventer au travail et à se mettre à son compte, c’est un licenciement. Et aussi, un besoin de contrôler son activité professionnelle et plus largement sa vie!

Comment devient-on auto-entrepreneur.e?

Jacqueline a commencé à travailler après son Baccalauréat en Design graphique. Elle a amorcé sa carrière dans une petite agence de publicité très créative, à deux rues de chez elle. Elle décrit l’agence comme une place cool, avec une équipe inspirante et où elle réalisait tout de A à Z.

L’entrepreneure en devenir nourrissait déjà sa soif d’apprendre, d’expérimenter et pouvait mettre tous ses talents créatifs à contribution. Dans cette agence comme dans celle qui l’a recrutée par la suite, elle avait le loisir de voir toutes les facettes du métier et de parfaire ses compétences de façon aussi variée que inspirante. Jacqueline s’est ainsi promenée d’une agence à l’autre pendant environ 12 ans.

Au cours de ces 12 années, elle avait réussi à négocier avec l’un de ses employeurs, de partir 4 mois en stage rémunéré à l’intérieur d’une des succursales à l’international. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée logée à 16726 km de chez elle, dans un petit appartement à deux pas de son travail, à la succursale de Melbourne en Australie.

Comblée par l’énergie de l’agence, la découverte d’un nouvel environnement, et le petit parc à deux pas de chez elle où elle allait dîner le midi, elle en parle comme de sa plus belle expérience de travail!

se reinventer au travail

Passé son stage, elle rêvait d’y déménager. Mais de retour à Montréal, elle a repris le travail. D’une place à une autre, en laissant le temps s’écouler, elle n’a finalement jamais été au bout de ses démarches pour le concrétiser. On sent dans sa voix qu’elle le regrette un peu.

Pourquoi ce besoin de liberté supplémentaire?

Jusque-là, le travail proposé en agences était assez inspirant et ses talents de création bien utilisés. Et même si elle faisait assez régulièrement du «travail de pigiste» ce qui lui plaisait bien, elle ne trouvait pas le courage de faire le saut vers l’entrepreneuriat. Comme bien des femmes, et à l’inverse des homologues masculins, elle voulait auparavant se bâtir une solide réputation et se sécuriser sur sa capacité à livrer le travail.

Le défi des femmes en entrepreneuriat

Rappelons à ce sujet trois raisons qui font que les femmes sont moins présentes que les hommes en affaires :

  1. La peur de prendre des risques;
  2. Le doute sur leurs capacités; et
  3. Le doute sur leurs connaissances.

La prise de risque, et particulièrement la prise de risque financier est l’un des freins à la création d’entreprise au féminin. À la question, quelle différence fais-tu entre être travailleure autonome ou femme entrepreneure, Jacqueline répond qu’elle se sent beaucoup plus entrepreneur.e. que «pigiste», le terme consacré dans son industrie.

Ce qui fait la différence dans son cas, c’est que lorsqu’elle parle à une agence en tant que «pigiste», elle n’est pas vue comme une concurrente. Elle a donc plus de chance d’être retenue pour une mission. Et lorsqu’elle parle à la clientèle qu’elle a elle-même démarchée, c’est dans la posture d’une présidente de compagnie.

Sa façon d’aborder la prise de risque, elle l’évoque dans ses propres mots : ça a été de «modifier sa vie et apprendre à nager dans la tempête». Car même si Jacqueline se sentait entrepreneure au fond d’elle depuis longtemps, le point de bascule a eu lieu au milieu de la tourmente. Ce pas, elle l’a franchi durant un licenciement, une séparation et des travaux de rénovation! C’est avec humour qu’elle en parle aujourd’hui, mais on perçoit bien que ça a été tout un défi à vivre!

se réinventer au travail

Prend-on vraiment la décision d’être à son compte?

Dans la situation de Jacqueline, c’est finalement la fameuse tempête qui lui a permis de faire un pas en avant vers l’entreprenariat. Reprenant, du même coup, le contrôle de son environnement. À l’opposé de nombre de ses collègues, elle ne souhaitait pas monter une agence de publicité. Elle se sentait plus à l’aise à travailler seule et ne pas avoir à gérer une équipe. Cela lui apportait aussi moins d’insécurité sur le plan financier.

Parmi les éléments qui ont influencé ses choix, celui de diminuer son empreinte écologique était important. Jacqueline préférait aussi installer son bureau à la maison de façon à disposer d’espace et de clarté. Elle souhaitait pouvoir profiter de son environnement privé et aménagé à son goût.

Par opposition, travailler dans un bureau d’affaires ou un espace de coworking lui aurait semblé une punition. Réalisant ce qui était pour elle le meilleur choix, elle a décidé de travailler de son domicile et devenir une auto-entrepreneure.

Les pour et les contre de se mettre à son compte?

À chaque métier ses points forts et ses défis. Travailler dans la publicité c’est pour Jacqueline se fondre dans la créativité, sa seconde nature. Réaliser des brainstorm, créer des sketchs, faire du montage, travailler sur des palettes de couleur et réaliser des tournages, sont quelques-unes des facettes de son métier qu’elle adore.

Le côté technique des choses la passionne aussi. C’est ainsi qu’elle s’est réinventée dans son travail en suivant des formations: en réalité virtuelle, ou sur la vidéo par drones, ou le motion design… rien ne l’arrête!

La variété et la complexité des tâches varient selon ses mandats. Ou devrait on dire variaient plutôt, car depuis quelques années, la demande a sensiblement baissé sur ce plan. Nombre de réseaux sociaux ont pris le pas sur les budgets de campagnes publicitaires, télé ou affichage. Le travail devient plus routinier. Il se résume souvent à travailler des bannières ou faire du montage avec Photoshop. Pour une femme toujours prête à relever de nouveaux défis, la proposition de travail devient un peu fade.

Se réinventer professionnellement, avant tout une question de passion?

Notre créative a toujours eu plusieurs projets sur sa planche à dessin. A différents niveaux de maturité elle a dans son magasin de licornes: émissions de télé-réalité, Web séries ou projets au service de la communauté… Le moins que l’on puisse dire de Jacqueline est qu’elle est une fonceuse et engagée! Sa stratégie en mode AGILE, est de lancer des lignes. Lorsqu’elle estime que son projet est bien ferré,  elle le présente aux intéressé.e.s, et si la réponse est concluante, elle l’amene jusqu’à son terme.

Lorsque l’économie s’est arrêtée de tourner à la fin de l’hiver, l’envie de changement s’est fait ressentir. Sa décision a été d’opérer une reconversion professionnelle et, après mûre réflexion, son choix s’était arrêté sur une formation dans le domaine de la construction. Une formation qui pourrait solliciter conjointement ses talents artistiques, manuels et techniques.

Mais à l’apparition de ce virus dont on ne peut ignorer le nom, elle a finalement amorcé un virage à 360 dans ses priorités, car une autre possibilité est encore venue bousculer l’ordre des choses.

Se réinventer au travail par altruisme et y voir un futur possible

Pour Jacqueline, une nouvelle aventure a commencé lorsqu’elle a répondu à l’appel des “Couturières unies contre COVID-19”. Tous ces projets étant en attente ou carrément stoppés, elle a entrepris de mettre ses talents manuels au service de la collectivité et de fabriquer des masques. Cela lui a d’ailleurs valu une interview de Radio Canada.

Toutefois, malgré toute sa volonté et sa mobilisation pour la cause, elle n’a pas été recontactée par ce collectif. Il devait être probablement trop sollicité à ce moment-là. Voulant tout de même aider ses ami.e.s qui manquaient de protection dans le système de la santé, elle a décidé de mener des recherches sur le mode de fabrication des masques.

Et, de fil en aiguille… elle a fini par trouver ce projet tellement passionnant et ouvrant sur d’autres possibilités, qu’elle s’y dédie depuis avec courage et détermination. Et comme vous commencez à la connaître, vous comprenez sûrement à quel point le courage et la détermination font partie de ses traits de personnalité!

Cette aventure ne fait que commencer pour Jacqueline comme pour de nombreux autres auto-entrepreneur.e.s. Si vous souhaitez, comme moi de découvrir d’autres histoires ou nous encourager à en écrire sur des personnes inspirantes qui ont su se réinventer au travailproposez les nous.

Auteure: Neuligent | Annie Borde